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La clef de la méthode de Proto-Collegium en est une autre, qui se trouve présentée dans l'ouvrage de Hubert Damisch intitulé L'origine de la perspective . Dans cet ouvrage en effet, où il est question de la perspective comme forme à la fois visuelle et théorique de pensée, Damisch se livre à une opération d'analyse structurale à la manière développée par l'anthropologue Claude Lévi-Strauss et ce, depuis un artefact d'origine , le dispositif développé par l'architecte Filippo Brunelleschi au milieu du XVe siècle pour démontrer le fonctionnement de la perspective. Le principe de base de cette analyse est que "un tableau ne tire son sens ... [que de] la position qu'il occupe par rapport à d'autres au sein d'un groupe de transformations". En fait, pour l'historien d'art qu'est Damisch, cette analyse est une méthode qui lui sert à constituer un corpus de tableaux dans lequel une pensée plastique se trouve à l'oeuvre, la pensée perspectiviste. Le groupe de transformations est le modus operandi de cette méthode. Il permet de passer d'abord du dispositif de Brunelleschi aux trois tableaux perspectivistes connus sous l'appellation de 'perspectives urbinates', dont la Città ideale (qui se trouvait d'ailleurs originellement accroché dans une pièce attenante au studiolo du palais ducal d'Urbino) est célèbre. Il permet ensuite d'aller de ces derniers à une série de tableaux parmi lesquels un certain nombre d'oeuvres du peintre Vittore Carpaccio , notamment le cycle de sainte Ursule, réalisé de 1490 à 1496, dont La réception des ambassadeurs est particulièrement représentatif. Je n'entrerai pas dans le détail des transformations à l'oeuvre dans la constitution de ce groupe de tableaux. Damisch lui-même n'en formule d'ailleurs qu'un petit nombre, suffisamment cependant pour nous faire comprendre que les transformations en question relèvent complètement d'une logique plastique puisqu'elles consistent toutes en des déplacements, des multiplications, des inversions de lignes et de proportions, de figures et de colorations. |
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